Le tour des pistes #10

Il y en a qui font le tour de France, s’arrêtent dans une ville quelques jours pour en découvrir ses richesses, puis partent à la rencontre d’une autre. Jusqu’à une période avancée de mon existence, je quittais ma ville natale uniquement pour faire des déplacements sportifs. Mes week-ends étaient occupés à « me rendre dans une ville, trouver sa piste d’athlétisme, en faire le tour plusieurs fois et repartir ». J’ai arpenté la France, mais je n’en ai vu que les pistes d’athlétisme. Je vous propose un récit autobiographique sous la forme d’un tour de France des pistes que j’ai foulées. Le voyage se fera en neuf étapes et un épilogue, ne respectera aucune chronologie, aucune rigueur scientifique ou typologique, et ne se refusera pas de digresser.

J’ai galéré à écrire cet épilogue. Je m’y suis reprise à deux, trois, quatre, cinq fois. Et puis je me suis arrêtée à cette version provisoire, parce qu’après tout, il ne peut laisser qu’un goût de points de suspensions.

ÉPILOGUE : EN ATTENDANT LA SUITE

Quand je vois Yohann Diniz à Reims en 2018, j’ai envie de lui raconter l’histoire d’un enfant de huit ans qui regarde ses courses pendant 3 h 45 à la TV et qui se retrouve sur le même stade que lui douze ans plus tard. Mais je ne sais pas par où commencer.

Parce que j’ai l’intuition que ce serait m’atteler à une tâche beaucoup plus complexe que de dire « je fais de la marche grâce à vous ». Parce que j’ai l’intuition qu’il serait trop simple de lui remettre tous les lauriers de ma pratique de la marche.

Si je me retrouve sur la même piste que Yohann Diniz en 2018, c’est parce qu’un bonhomme de soixante-dix balais a consacré six ans de sa vie à m’entraîner. Que plus tard, un autre bonhomme de soixante-cinq a fait la même chose.

Parce que quand le « je » a été en défaut, il y a eu le « nous ».

Parce que mes parents ont accepté de parcourir des kilomètres de bagnole pour assouvir ma frénésie. Et qu’ils m’ont suivie aussi, le jour où j’ai décidé de tout arrêter.

Parce qu’un jour j’ai décidé d’aller à Rennes pour une raison autre qu’athlétique et que cela m’a menée à concourir des interclubs à Reims.

Mais ce jour-là de 2018, je ne sais pas dire tout cela. Alors je me tais.

Quelques mois plus tard, je retourne au Stade Ma Campagne, Angoulême. J’y trouve les deux quinquagénaires de l’équipe et mon premier bonhomme – de maintenant quatre-vingt ans – en train d’entraîner celle qui fera tomber les records que j’ai établis dans ce club.

Je n’ai pas donné de nouvelles depuis 2016, et on ne m’en tient pas rigueur. On est content de me voir. Puis on fait des tours de pistes.


Je tiens à remercier mes entraîneurs pour tout le temps qu’ils m’ont consacré.

J’embrasse mes collègues d’entraînements, les entraîneurs·ses et les athlètes qui m’ont vue grandir, mes parents pour les kilomètres de bagnole, mon relecteur, ma relectrice et Yohann Diniz.

Merci aux exploreurs d’avoir tenu la rigueur des publications.

Une pensée pour celles et ceux qui ne sont plus, mais qui dans cette histoire, sont encore.